MARIE-EVE LEVASSEUR

AN INVERTED SYSTEM TO FEEL (YOUR SHARED AGENDA)

ARTISTE SÉLECTIONNÉE:

Marie-Eve Levasseur [CA-DE]
WebFb

AN INVERTED SYSTEM TO FEEL (YOUR SHARED AGENDA)

An Inverted System to Feel (your shared agenda)est un film d’animation 3D qui examine une situation fictive dans laquelle la peau humaine se transformerait en écran tactile. Dans cet avenir spéculatif, le tatouage de nanoparticules lumineuses sous la peau de l’utilisateur/trice permettrait de visualiser des données sur la surface du corps, ou simplement de changer la couleur de la peau selon un certain état émotionnel.

L’œuvre questionne la relation entre la nanotechnologie et la physicalité des interfaces. Elle spécule sur le mélange de surfaces organiques et technologiques, après quoi la dichotomie du corps et de l’appareil technologique devient discutable. Lorsque la peau humaine est utilisée pour la visualisation et le stockage de données numériques, l’interface se déplace dans le corps et brouille ainsi la distinction entre l’intérieur et l’extérieur. Au lieu d’une coexistence spatiale de l’organisme et de la technologie, on assiste à l’émergence d’une certaine fluidité. Un flux de potentielles recombinaisons d’attributs, qui jusqu’alors n’étaient considérés que strictement humains ou technologiques : vie, émotion, sensibilité, sens, données, calcul, numérisation. En stockant les contenus personnels et professionnels dans le corps, les êtres humains pourraient garder un certain contrôle sur leurs propres données et sur les personnes qui peuvent y accéder. Cela rendrait-il le piratage éventuellement plus difficile?

Extrait du script:
(Traduction française)

FILLE :
– Dans mon domaine, la peau n’est que matière.
Une surface lisse et glissante.
Ça ne veut pas dire qu’il y a quelque chose à l’intérieur.

MÈRE-SYSTÈME :
– Je me souviens de l’époque où j’étais en charge du contenu.
Il était situé quelque part ici. À l’intérieur.
Tout au complet. La soi-disant « humanité » était en moi. […]

FILLE :
– Mon travail consiste à garder le contenu en eux, en nous, qui que ce soit.

MÈRE-SYSTÈME :
– Mais ton intérieur n’est pas illimité, à moins que tu ne changes d’échelle… peux-tu faire ça ?

FILLE :
– J’aime l’élasticité.
Je préfère travailler sur la peau prothétique, celle que l’on implante plus tard, quand les particules sont stables.
Je n’aime pas faire souffrir.
Une peau sans ses entrailles, ses organes, est plus facile à travailler. Mais ensuite, vous manquez le contenu.
Pas de connexions. Pas encore.

[…] Maintenant, le corps humain-animal technohybride est capable de mieux contrôler sa vie privée. Vous pouvez choisir le contenu que vous laissez circuler à l’extérieur et le contenu que vous conservez à l’intérieur.

BIO

Marie-Eve Levasseur (Canada) est une artiste qui vit et travaille à Leipzig en Allemagne. Elle détient un baccalauréat en Arts Visuels et Médiatiques obtenu à l’Université du Québec à Montréal, ainsi qu’une maîtrise obtenue avec distinction et une post-maîtrise (Meisterschülerstudium) obtenues à l’Académie des Beaux-Arts de Leipzig.

Utilisant diverses formes et techniques, telles que l’installation vidéo, la sculpture, la photographie et l’animation 3D, elle questionne la proximité des surfaces organiques et technologiques dans un contexte posthumain, ainsi que les notions d’intimité, de tactilité, d’archivage de données et de prothèse neurologique. La surface médiatrice de nos corps (la peau) et la surface communicante de nos appareils (l’écran) sont au coeur de ses recherches. La science-fiction et la philosophie alimentent conceptuellement son travail, teinté de sa propre expérience, ses intérêts, son environnement et son positionnement. Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions, entre autre à Montréal, Berlin, Londres, Lyon, Zürich et Hong Kong.

PRODUCTION

Voix: Leslie Walter, Liza R. Moscovice et Marie-Eve Levasseur

Conception, réalisation, production : Marie-Eve Levasseur

Animation 3D, montage vidéo et audio : Marie-Eve Levasseur

Modelage 3D : Marie-Eve Levasseur, Alexander Lorenz, GrabCad.com

Enjeux de recherche / Innovation

Les surfaces sont sensuelles de deux manières: non seulement comme terrain palpable ou peau sensible, mais aussi comme surface de projection et signe. Les classements et hiérarchies sont établies à partir des corps – non pas en fonction de catégories objectives, mais en tant que rapports socialement construits : Homme ou femme, noir ou blanc, conforme à la norme corporelle en vigueur ou « anormal ». La corporalité pure devient ainsi un destin inévitable ; elle assigne des positions sociales, régule les opportunités, les accès, etc. Politiquement, c’est un problème. Juger le rang social d’après l’origine, le sexe et la couleur de peau est monstrueux, mais fait partie du quotidien. L’ère moderne néolibérale s’oppose à ceci en proposant une évaluation basée sur la performance : les inégalités sont ainsi triées différemment et non plus en fonction du physique. Mais à quoi cela sert-il si la performance dépend de l’éducation et de l’accès aux ressources, et si le capital culturel et social est encore déterminé par les origines et autres caractéristiques fixées à la naissance? Dans « An Inverted System to Feel (your shared agenda)», différentes figures de pensée s’affrontent : Mère-Système, Chatbots, Nanorobots et Fille. Ce ne sont pas des personnages distincts, mais des types qui prônent une certaine perspective sur l’avenir. Les serveurs de données se retrouvent au musée, les données sont maintenant sauvegardées directement dans le corps. Le système nerveux est lié à la surface de la peau, celle-ci ne fait plus qu’un avec l’interface tactile de l’appareil, la couleur de la peau est interchangeable ou encore, indique un état émotionnel du corps. Les nanoparticules nécessaires à la communication interne du corps sont tatouées. À travers l’animation 3D, les différentes figures de pensée entrent en conversation les unes avec les autres pour revenir sur le potentiel émancipateur des récits de science-fiction alternatifs, forger une vision du « devenir-cyborg » de l’humain, pour la conception d’un avenir (et d’un passé) meilleurs.

Par Marcel Raabe, traduit de l’allemand par Marie-Eve Levasseur

Note de l’artiste:

Mon travaille traite, entre autres, des questions concernant la surface, le stockage de données et la prothèse. La surface médiatrice de nos corps (la peau) et la surface communicante de nos appareils (l’écran) sont au centre de mes recherches. La façon dont nous percevons celles-ci, par le biais du toucher, et la façon dont nous positionnons le contenu informationnel autant qu’émotionnel de nos interactions, à l’intérieur ou à l’extérieur de ces surfaces, transforme l’extérieur en extension ou en prothèse du corps, et nous permet de performer nos vies différemment.
J’oriente ma pratique vers le posthumanisme deleuzien et féministe (Braidotti), de façon affirmative et processuelle. La philosophie et la science-fiction jouent un rôle important dans le développement de mon travail. Suite à la relecture du Manifeste Cyborg de Donna Haraway, la figure hybride du cyborg est devenue un outil indispensable dans ma pratique. À la toute fin du manifeste, Haraway propose des récits de science-fiction féministe, affirmative et utopique, en mettant de l’avant un potentiel d’émancipation inhérent, ce qui m’aura inspiré une nouvelle méthode pour An Inverted System to Feel (your shared agenda).
J’ai débuté avec le texte. Après avoir développé des personnages «contenants», donc pas des personnages avec des noms ou des personnalités précises, mais plutôt des perspectives individuelles telles que « Mère Système » ou « Fille » ou « Nanobots », j’ai rédigé des dialogues. J’ai imaginé ce que ce serait si la peau pouvait se transformer en écran tactile. Une symbiose qui n’est pas tellement nouvelle dans ma pratique. Après avoir consulté le physicien Marcel Hennes (spécialiste en nanotechnologie) pour vérifier la plausibilité de l’idée, j’ai assemblé une discussion autour de la situation fictive. Donc, de minuscules nanoparticules luminescentes seraient tatouées sous la peau où elles pourraient se lier ensemble afin de permettre différentes visualisations sur la surface du corps. Elles seraient aussi connectées au système nerveux et au cerveau. Ça nous permettrait de les contrôler, visualiser des données, et même changer la couleur de notre peau en fonction de notre humeur et de notre volonté. On pourrait ainsi changer la couleur de la peau avec des tons très différents. Si toutes les couleurs étaient possibles, toutes celles de l’arc-en-ciel, choisies par et pour soi-même, alors il n’y aurait qu’une multitude de différences et ainsi, l’espoir qu’une hiérarchisation négative ne soit plus possible : il n’y aurait plus de blancheur privilégiée. La méthode du tatouage a été choisie ici pour rendre la nouvelle technologie accessible. Les modifications corporelles telles que le tatouage, qu’elles soient fonctionnelles ou esthétiques, sont présentes dans les sociétés humaines depuis des milliers d’années. C’est aussi une technique bien ancrée chez les « biohackers », une scène « do-it-yourself » qui me fascine. L’image de la prothèse représente l’idée de l’extension, de l’optimisation du corps, mais aussi d’un certain fétichisme lié au désir de symbiose entre corps et technologie. Avec un clin d’œil à David Cronenberg et son film Crash, elle est intégrée au récit d’une victime d’accident qui fusionne avec le métal de la voiture qui l’a frappée, à travers cette prothèse qui augmente son corps. La figure de la plante joue aussi un rôle déterminant dans l’œuvre. Elle rappelle l’interdépendance des espèces et l’influence qu’ont d’autres organismes sur le développement de nouvelles technologies. Elle pousse là où les données étaient stockées.
Donc si la peau était utilisée pour la visualisation et si le système nerveux servait également de panneau de contrôle tactile, alors on pourrait également stocker les données à l’intérieur du corps. On ne serait plus obligé d’avoir constamment avec soi, près du corps, un appareil électronique comme un smartphone, par exemple. Peut-être même que nos données seraient mieux protégées si elles étaient dans le corps, stockées dans la structure organique. Et la « Mère Système », qui représente la totalité des salles de serveurs et le stockage de données, eh bien, elle ne serait plus nécessaire, elle serait donc entreposée au musée.

DIFFUSION DE L’ŒUVRE

– Der optimierte Mensch, Museum der bildende Künste, Leipzig, 11.12.19 – 01.3.20
– Pavillon Particule, The Wrong Biennale, online, 1.11.19 – 1.3.20
– Memento/ postdigital; Zeitgleich Zeitzeichnen, Projektort 4D, Tapetenwerk, Leipzig, 4.10. – 2.11.19
– La promesse thérapeutique et le potentiel de proximité, Art Mûr Berlin, 27.4.-2.6.18
– Moving Bodies – Gender und Feminismus im Film, Kinemathek Karlsruhe, Karlsruhe, 20.4.-5.5.18
– Video-Lounge Computer Chaos Club Congress, 34C3, Leipzig, 27.12.-30.12.17
– Corpus Collective, POGON, Zagreb, 15.12.17
– The Tip of the Iceberg, Bermondsy Project Space, London, 30.10.-19.11.17
– 6 Ways of surviving through accelerated mindfulness, 1a space, Hong Kong, 13-27.10.17

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