LYNN POOK

ORGAN

ARTISTE SÉLECTIONNÉE:

Lynn Pook [Fr]
Web

Organ

ORGAN est un relief organique composite d’où émanent des sons vibrés.

« Plus je m’en approche et plus je fais partie de ce paysage. Ou bien ferait-il plus partie de moi ? »

ORGAN, c’est une invitation à s’approcher de soi, à se parcourir soi-même, à se promener dans son enveloppe, dans son « sac de peau », à faire le tour de ses cellules dans un voyage ludique, plutôt contemplatif, voir méditatif. Loin des vitesses supersoniques et des flux internet, ORGAN est une oeuvre de la lenteur, du minuscule et du proche. C’est une sculpture relationnelle mettant en jeu non seulement la vue et l’ouïe des spectateurs, mais aussi le toucher à travers une implication corporelle dans son entier.

La peau en est l’interface principale de transmission, la membrane à travers laquelle transite pour qui prendra le temps cette expérience déroutante faite de sons-vibrations. C’est une expérience intime et douce toute en creux et en pleins. ORGAN est composée d’une population d’objets audio-vibrants ayant chacun une personnalité formelle, acoustique et tactile singulière formant une polyphonie spatialisée. ORGAN invite le public à se (dé)placer dans, se blottir contre, enlacer un paysage audio-tactile dont il peut modifier la disposition en déplaçant les objets qui le composent. Parfois actif, parfois passif, le spectateur s’organise entre, sur et sous les objets et devient partie prenante de cette matière sensible.

Création audio-tactile / Experience sensorielle

Quelles formes et quelles échelles peuvent avoir des oeuvres qui s’adressent au corps individuel, à une époque où les distances se dilatent, où les générations successives d’outils technologiques amplifient les présences humaines hors d’atteinte de la main, de l’odorat, du regard et de l’ouïe ?

ORGAN renoue avec ses anciens projets audio-tactiles et poursuit une recherche sur le sensible, le toucher mettant en jeu le système proprioceptif du corps. Cette pièce se nourrit de différentes expériences personnelles, notamment traversées dans sa pratique amateur de la danse « contact improvisation » et du tango argentin. Ces deux danses, l’une très ludique et libérée des codes et des formes, et l’autre, au contraire très codifiée dans les mouvements, la répartition des rôles et les règles du bal, sont basées sur l’improvisation, la proximité, voir la promiscuité des corps et une écoute corporelle exacerbée. Elles demandent un certain-lâcher prise du mental, une confiance dans l’intelligence du corps et le désir de découvrir.

Ce projet découle aussi d’un travail mené à diverses reprises avec des personnes en situation de handicaps psychiques et/ou moteurs (troubles du spectre autistique, handicaps associés), des retours d’expérience collectés ces dix dernières années auprès des publics des installations audio-tactiles, d’échanges avec des praticiens de soins et des chercheurs notamment en neurosciences cognitives.

L’appréhension de ses travaux audio-tactiles ne demande pas forcément de prérequis culturels et artistiques. Ses installations renvoient le spectateur à lui-même, à son intimité, à son inconscient et à une part plutôt primitive de son individu. Cet aspect s’est confirmé dans les oeuvres audio-tactiles développées depuis 2003, qui proposent une expérience sensorielle proche des stades de développement vécus in utero, notamment à cause de l’écoute des sons filtrés par conduction osseuse. Elles renvoient d’une certaine façon à la période du nourrisson avant que la vue ne devienne un sens dominant.

Avec ORGAN, nous passons à un stade de développement plus avancé, celui de la petite enfance avant l’apparition du mot et de l’abstraction. La vie est alors une exploration et une expérimentation effrénée dans un premier temps de son propre corps, de ses sens et de sa motricité de plus en plus maîtrisée et d’une confrontation de celui-ci avec les personnes, objets, matières, textures, formes, goûts, odeurs et sons. Dans cette exploration souvent chaotique, c’est tout le corps qui touche, tripote, triture, tombe, danse, bouge, exprime avec une énergie vitale inouïe et gourmande, édifiant dans l’ombre des réseaux de plus en plus complexes de cellules, de neurones et de synapses.

ORGAN propose au spectateur une situation inhabituelle, mais pourtant pas totalement étrangère. ORGAN a quelque chose de maternel, féminin et consolant qui réveille par des vibrations sonores notre mémoire du corps et un univers de sensations anciennes enfouies dans les méandres du cerveau reptilien.

DESCRIPTION DE L’INSTALLATION

ORGAN regroupe dans un espace intimiste une communauté d’objets audiovibrants aux formes organiques. À l’échelle du corps humain, ces objets moelleux à la surface textile proposent des courbes, cavités, lignes, creux et bosses suscitant l’envie de toucher, d’explorer les objets avec ses mains, mais aussi avec l’ensemble de son corps. Cette oeuvre invite à une exploration dans la lenteur. Dissimulé à l’intérieur de chaque objet, un dispositif technique audio-vibrant discret diffuse des sons et des vibrations à travers un réseau de haut-parleurs et des moteurs vibrants. Chaque objet a une identité sonore et vibro-tactile, chacun a sa voix, ses humeurs, sa personnalité et ensemble ils créent une polyphonie spatialisée. Le titre ORGAN fait référence aux différentes parties qui composent notre corps dont les organes vitaux et sexuels et à l’instrument – orgue – formé d’une multitude d’objets similaires mais différents permettant de créer une polyphonie.

L‘audio-tactile

L‘audio-tactile repose sur un système d’interfaces permettant de faire circuler des stimulations tactiles et sonores à la surface du corps. Des haut-parleurs sans membrane sont posés directement sur différentes parties du corps du « spectateur ». Ainsi, les vibrations mécaniques résultantes de la transmission de la musique dans les hautparleurs deviennent perceptibles sur le corps et les sons eux-mêmes sont retransmis à l’oreille interne par conduction osseuse. Le corps devient alors une caisse de résonance avec une diffusion spatialisée. Chaque haut-parleur a son propre canal de sorte que la musique, et donc aussi les vibrations qu’elle provoque, peuvent se déplacer d’une partie du corps à l’autre.

Muni de bouchons d’oreilles, l’auditeur perçoit de fines vibrations localisées qui se déplacent sur sa peau en même temps qu’il les entend comme venant de la surface ou de l’intérieur du corps. La synthèse tactile faite dans les systèmes audio-tactiles par l’intermédiaire des haut-parleurs sans membrane est singulière. Elle permet de transmettre une palette de sensations rugueuses, lisses ou pointilleuses sur la peau. Une synesthésie entre le sonore et le tactile accentue la sensibilité aux différentes qualités et dynamiques des stimulations et confère une dimension harmonique au toucher. La dynamique et l’amplitude des déplacements des sons contribuent de façon importante à la richesse de l’expérience. La composition peut s’orienter vers des passages dynamiques, percussifs, linéaires, géométriques ou statiques, localisés, régionalisés ou globaux.

Les sons

Une recherche particulière est menée sur le son et les sensations avec l’artiste Valentin Durif. N’étant pas dans une recherche purement musicale du son, mais aussi sculpturale, spatiale et tactile, Lynn Pook et Valentin Durif expérimentent des sons qui mettent en jeu des phénomènes vibratoires, acoustiques, tactiles et physiologiques. L’identité sonore de chaque objet est corrélée avec ses caractéristiques tactiles vibratoires dans un lien de cause à effet. L’univers sonore s’apparente à une musique qu’on peut qualifier d’«ambient noise minimale» évoquant aussi certaines musiques électroacoustiques.

Les formes

Les objets abstraits font penser à d’énormes galets ou de gros haricots dont les formes sont courbes et douces. Ils procurent ainsi pour les corps du public des surfaces de contact agréables. Les dispositifs techniques sont dissimulés dans chaque objet afin de les rendre invisibles et que ressorte la sensualité des formes et des matières invitant à une exploration sensori-motrice la plus intuitive possible.

BIO

Sa pratique prend racine dans l’observation du corps, de l’individu et de ses perceptions. De ses recherches naissent des dispositifs intimistes et sensibles interrogeant les modes et les systèmes d’échange entre le spectateur et l’objet, entre un individu et son environnement. Son oeuvre est sculpturale, installative et parfois performée s’exprime à travers différents médiums traditionnels ou technologiques impliquant souvent le son.

Sa curiosité hétéroclite l’amène régulièrement à collaborer à d’autres formes artistiques : scénographie, costumes et technique pour de la marionnette contemporaine… Elle l’amène aussi à travailler avec des personnes différentes, «a-normales», en situation de handicap, atteintes de troubles autistiques, des personnes polyhandicapées, des personnes sourdes ou bien des personnes âgées pour leur rapport particulier au monde et au temps qui sont source de réflexion et d’inspiration. Les personnes on ne peut plus normales, discrètes, les individus navigant dans leur vie, le quotidien attirent aussi son attention. Des scientifiques, des neuro-scientifiques qui se penchent sur la perception sont aussi de ceux que Lynn Pook rencontre volontiers.

Depuis 2003, Lynn Pook poursuit une recherche sur le toucher par un contact sonore explorant la dimension vibratoire et tactile du son. Elle abolit la distance entre le spectateur et l’objet et elle investit l’individu comme lieu et matière d’une sculpture temporelle. À travers les oeuvres « audio-tactiles », elle s’immisce dans le domaine du toucher, un sens culturellement soumis à des règles sociales restrictives et complexes et encore plus mis à mal par l’introduction massive dans notre quotidien d’objets technologiques de communication à distance et l’expansion de notre mobilité au monde.

Enjeux de recherche / Innovation

Le projet ORGAN fait appel à un grand nombre de compétences et de moyens techniques mettant en jeu des outils et des savoir-faires numériques et artisanaux. Ci-dessous: une liste des différents axes de recherches qui sont explorés lors de la réalisation de la communauté d’objets d’ORGAN. Ce projet utilise la technologie comme un moyen et non comme une fin en soi. Elle doit donc remplir sa fonction en restant invisible afin de ne pas nuire à l’expérience sensible et à la poésie de l’objet.

Construction

– construction mécanique des objets ; – mise au point d’un nouveau système multi-canal mixte, mêlant 6 canaux de son à 15 canaux de vibreur ; – adaptation et amélioration des fonctionnalités des technologies ; – intégration les technologies dans les objets – réalisation du travail de sellerie en mousse ; – réalisation des finitions en textile : patronage, recherche de matières, façonnage.

Composition & Informatique

Sur le plan de l’écriture, ce projet, soulève plusieurs domaines que l’artiste souhaite continuer de développer et de faire évoluer : – se familiariser avec ces instruments basés sur une multi-diffusion audiotactile mixte et dans la configuration spécifique à ces objets; – concevoir l’outil de MAO sur mesure, choisir les outils informatiques associés et définir les procédés qui permettront de composer, puis de diffuser la composition depuis le raspberry Pi; – expérimenter différents contenus audio-vibrants en explorant différents types de comportements des objets et concevoir la partie informatique du projet; – définir un mode d’écriture musicale adapté en fonction des expériences menées en amont. – faire des essais de composition sur un puis plusieurs objets. – éventuellement, développer une version performée de l’œuvre.

PRODUCTION & DIFFUSION:

Paradox[a] – Le projet bénéficie du soutien du Fond SCAN (Région et DRAC Auvergne-Rhône-Alpes) et du DICREAM – Partenaires : Maison de la Tour (Centre d’art – Valaurie / Drôme) – Entreprise Jlc-Sellerie (Valaurie / Drôme) – 8-fablab (Crest / Drôme)

FollowFb.
...

This is a unique website which will require a more modern browser to work!

Please upgrade today!