« La femme de génie n’existe pas :
quand elle existe c’est un homme. »
Octave Uzanne

Forum dédié à l’Innovation technologique, scientifique et artistique en mode féminin et à l’aune de la Quatrième révolution industrielle/4.0.

La première édition du Nova XX se tient à Bruxelles, du 9 au 30 décembre 2017. Elle s’articule autour d’une exposition constituée de 9 installations d’artistes bruxelloises et européennes, de la présentation de 7 start-up bruxelloises et de la tenue de quatre conférences thématiques.

Au total, ce sont quelques 16 génies féminins qui seront mis à l’honneur – qui excellent dans des champs hybrides. De l’art à la start-up, les travaux qui sont présentés dans ce cadre attestent tous de protocole de recherche singulier et d’une volonté d’innovation.

Jury:
  • BOZAR
  • iMal
  • Fondation GLUON
  • LAb[au]
  • Kikk Festival
  • Iles Asbl
  • Nicolas Wierinck

L’histoire et les récits collectifs se font souvent l’économie de mythologies et de références féminines. L’apparition des femmes dans le champ de l’histoire de l’art est un fait assez récent, muse ou défiée durant la Préhistoire et l’Antiquité, c’est tardivement que la créatrice s’est imposée sous ce statut. Alors que nos identités individuelles et collectives se sédimentent et s’édifient sur des modèles consacrés; quels sont les modèles féminins célèbres vers lesquels tendre ?

Qui a autorité, qui décide de consacrer et de valoriser ? Quelle figure serait considérée comme digne de commémoration de celle qui ne le serait pas ? Rares sont ceux et celles qui peuvent citer des femmes œuvrant dans le domaine de la science ou encore dans le domaine des nouvelles technologies. Qui sont celles et ceux qui connaissent Joan Clarke, Margaret Hamilton, Grace Hopper, Rosalind Elsie Franklin, Lise Meitner, Ada Lovelace, Ginny Rometty… et qui connaissent pourtant Edison, Einstein, Tesla, Kepler, Newton, Elon Musk, Bill Gates… Sans présager et s’hasarder à tracer les traits d’une démarcation essentialiste entre la création masculine et féminine, la question qui se pose est celle de la reconnaissance et de la valorisation asymétrique entre la création des uns et des autres.

L’implication des créatrices dans les secteurs liés à l’Innovation demeure marginale et largement sous-estimée. Les secteurs liés aux sciences et aux technologies s’avèrent souvent des Old Boys Schools. Aucune conspiration derrière tout cela, mais bien des effets systémiques de reproduction d’inégalités.

Le Nova XX entend valoriser les œuvres de créatrices. Il vise à contribuer aux investissements transversaux dans la recherche pluridisciplinaire et ce en favorisant la rencontre entre les innovateurs de champs complémentaires. À l’adresse des jeunes générations, le Nova XX vise à stimuler des vocations et la découverte de talents féminins.

Nous sommes les témoins et acteurs d’une véritable révolution copernicienne d’une magnitude exceptionnelle. La Quatrième révolution industrielle – celle du numérique qui inclut des secteurs comme l’internet, l’intelligence artificielle, le big data, l’impression 3D, les biotechnologies, la robotique… – métamorphose nos sociétés en profondeur. Les innovations et technologies émergentes se diffusent à une vitesse exponentielle.

Alors que selon la banque mondiale plus 1,2 milliard d’habitants sur terre n’ont pas encore accès à l’électricité, soit quelque 20% de la population mondiale, le nombre d’abonnements à la téléphonie mobile est passé de moins de 1 milliard en 2000 à plus de 7 milliards en 2016. Dans les pays en voie de développement, la pénétration des abonnements mobiles atteint: 94,1% n 2016 contre 126,7% dans les pays développés. En 2015, l’accès au téléphone portable pour la population mondiale est passé de 0,2% à 98,6% alors que l’accès à l’eau a évolué bien moins vite, passant de 76,1% à 91%. Le chiffre d’affaires mondial de l’e-commerce BtoC s’est élevé à 1 915 milliards de dollars en 2016, en hausse de 24% par rapport à 2015, d’après eMarketer. Il pèse donc 8,7% du total des ventes de détail dans le monde, contre 7,4% un an avant. D’ici 2020, il représentera alors 14,6% du total des ventes de détail sur la planète. Uber ne possède aucune voiture, Airbnb aucune chambre, Facebook ne développe aucun contenu… les notions même de propriété se métamorphosent.

Aujourd’hui, la taille des entreprises, le nombre de salariés qu’elles intègrent est sans commune mesure avec leur rendement et capitalisation boursière. La Quatrième révolution industrielle a profondément impacté la nature du capital nécessaire à la création d’une entreprise et sa taille.

Les innovations nées de la conjonction de différentes technologies ne procèdent plus de l’exclusive de films d’anticipation utopique ou dystopique: des innovations de fabrication numérique incorporées dans le domaine de la biologie, pensons à l’impression 3D d’un rein – aux travaux déjà engagés sur l’impression 4D, au séquençage génétique rendu possible grâce à l’augmentation des puissances de calcul… les prouesses sont vertigineuses. Si les 3 réseaux sociaux les plus populaires étaient des nations – Facebook / Twitter / Instragram – ils représenteraient ensemble 1 milliard d’individus de plus que la Chine !

Un des traits singularisant la Quatrième révolution industrielle réside dans son caractère transversal avec la coordination et l’intégration croissante d’innovation émanant de champs divers.

Les opportunités engendrées par cette révolution industrielle sont à la mesure des défis qu’elle soulève. Comment faire en sorte que cette révolution ne soit pas source d’inégalités poussées à leur paroxysme – source de fragmentation et de polarisation des populations?

L’inégalité entre ceux dépendants de leur travail et ceux dépendants de leur capital – intellectuel ou physique – va croissante. Si l’on considère l’inégalité comme source de problème, si l’on continue de la considérer comme un fléau, il est essentiel de réfléchir aux bases d’un nouveau contrat social qui intègre les effets de la Quatrième révolution industrielle.

La question de l’inégalité hommes-femmes à l’aune de cette révolution se pose de manière cruciale. C’est un fait mesuré et quantifié : dans les filières des TIC (Technologies de l’information et de la Communication) et des STEM (sciences, technology, engineering & mathematics), la place des femmes demeure marginale. Les femmes restent sous-représentées dans l’ensemble de l’écosystème de l’innovation technologique.

– En moyenne, en Europe, seules 30% de femmes optent pour les filières scientifiques, les mathématiques, l’informatique et les nouvelles technologies.

– Dans les pays de l’OCDE, les services représentent 80% de l’emploi féminin contre 60% pour les hommes (ces secteurs présentent des niveaux de salaires inférieurs à ceux proposés dans les secteurs à dominante masculine).

– Selon les dernières estimations de l’OIT (2016), les femmes à l’échelle mondiale gagneraient en moyenne 77% du salaire masculin.

– Au sein de l’Union Européenne, seuls 21% des membres des conseils d’administration d’entreprises cotées en bourse sont des femmes, en augmentation de 9,3 points depuis 2010 (UE, 2015).

– Seules 3,6% des plus grosses entreprises cotées en bourse dans l’Union européenne ont une femme PDG (UE, 2015).

– En 2015, au niveau mondial, 46% des hommes contre 41% des femmes sont connectés à Internet. Cet écart est encore plus prononcé dans les pays en développement, où il est de 15,4% en défaveur des femmes, contre seulement 5,4% dans les pays développés.

7 employés sur 10 sont masculins dans des entreprises comme Google, Apple, Facebook, Twitter. Le ratio est encore plus déséquilibré dans les fonctions de leadership, où près de quatre postes sur cinq sont assurés par des hommes.

Il n’est pas inopportun de mettre ces chiffres en regard de ceux liés à la question de la diversité. Selon le Bureau du Travail américain, les dix sociétés les plus importantes de la Silicon Valley accueillaient 70% d’employés blancs en 2012, alors que la moyenne en Californie se situe autour de 55%. Yahoo a récemment révélé que seuls 2% de ses effectifs sont des Afro-Américains, alors qu’ils représentent près de 15% de la population globale des États-Unis.

Dès lors, quel nouvel écosystème, quelles mesures politiques, juridiques et réglementaires avons-nous à construire – sous tendues par quelles valeurs, par quels principes éthiques et au bénéfice de quelles visions de société ?

C’est assez tardivement que les femmes se sont hissées au rang de créatrices et surtout qu’elles ont été reconnues comme telles. On se souvient des Guerrilla Girls en 1985, à New-York qui dénoncèrent la présence quasi inexistante des femmes artistes dans le monde contemporain avec ce slogan : « Faut-il que les femmes soient nues pour entrer au Metropolitan Museum ? », et ce alors qu’une étude parue en 1980 révélait que moins de 5% des artistes exposés dans les sections d’art moderne étaient des femmes, alors qu’elles faisaient l’objet de 85% des nus.

Depuis des années et dans le cadre de nombreuses rencontres Internationales du monde du numérique et du digital, la question est soulevée « Pourquoi si peu d’artistes femmes dans ce champ ? » Rares sont ceux qui la prennent à contre pied, à savoir, « Pourquoi y a-t-il autant d’hommes dans ce champ ? ».

La création numérique dans ses multiples composantes: « la réalité augmentée », « l’art audiovisuel », « l’art génératif », « l’art interactif », « le Net-art »… donne à saisir d’une manière inédite les potentialités de nombre de nouvelles technologies. L’art numérique s’appuie et interfère sur l’état de la technique d’une période donnée, il est dépendant du matériel (hardware) et des logiciels (software).

Les artistes, au même titre que les scientifiques et les entrepreneurs, innovent, explorent de nouveaux horizons. La remise en question de leur « état » constitue un des fondamentaux de leurs statuts. Cet état « de non définitivité » est non seulement à susciter mais également à cultiver. Expérimenter l’art, c’est faire l’expérience du changement.

Il appartient à tout à chacun.e de réfléchir dès à présent à la mise en œuvre de nouveaux écosystèmes, et de dispositifs inédits qui encouragent et stimulent l’innovation.

Place au Nova XX et visibilité aux créatrices.

Stéphanie Pécourt, Fondatrice de Nova XX
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